dimanche 3 mai 2026

Aquila Popularis : faut-il attendre le pire pour agir ?

 

Aquila Popularis : faut-il attendre le pire pour agir ?

Par Jonathan Gensburger et David Nakache

 

La ville de Nice a vu émerger et se structurer un groupe se réclamant d’une idéologie identitaire radicale : le collectif Aquila Popularis.

Créé fin 2022, Aquila popularis se revendique du nationalisme-révolutionnaire et compte dans ses rangs d’anciens membres du groupuscule néonazi « Zoulous Nice », lui-même issu de « Nice nationaliste », qui regroupait les militants identitaires les plus violents.

Depuis plusieurs mois, à Nice, Aquila Popularis démultiplie les démonstrations de force dans des mises en scènes soigneusement orchestrées reprenant l’imagerie des ligues d’extrême droite des années 30 et des mouvements fascistes (devant la basilique Notre Dame, au Monument aux Morts ou place Garibaldi).

Le groupuscule célèbre Jeanne d’Arc, Robert Brasillach (figure de l’Action française condamnée pour collaboration et antisémitisme) ou Albert Spaggiari (ancien membre de l’OAS). Le groupuscule colle des stickers portant des slogans tels que « un toit pour les nôtres, pas pour les autres », véhiculant une rhétorique d’exclusion et de rejet.

Aquila popularis n’hésite pas à proférer des menaces à peines voilées sur les réseaux sociaux à l’encontre de responsables politiques locaux.

A la suite des agressions ayant eu lieu dans le Vieux Nice le 13 décembre 2025 (agression raciste) et le 23 mars 2026 (agression contre des militants de gauche) deux individus ont été placés en garde à vue. Lors des perquisitions menées à leurs domiciles, les enquêteurs ont trouvé des éléments accablants : poing américain, matraque télescopique, baïonnette, équipements de combat, mais aussi autocollants et vêtements Aquila Popularis, croix celtiques, objets et insignes nazis. L’enquête devra établir la responsabilité ou non des personnes placées en garde à vue et déterminer le degré d’implication éventuelle du groupe identitaire dans ces agressions physiques.

L’ensemble de ce faisceau d’indices pousse à penser que nous sommes face à un groupe structuré, radicalisé, convoquant les heures les plus sombres de notre histoire dans son iconographie, manifestement dangereux et pouvant passer à l’acte.

Dès lors, des questions se posent : les activités d’Aquila Popularis font-elles l’objet d’une surveillance renforcée par les services du renseignement ? Pourquoi le préfet autorise-t-il des manifestations incitant à la haine et à la violence ? Faut-il attendre un drame pour que l’État réagisse ?

Nous posons ici, sans détour, la question de la dissolution d’Aquila popularis : l’article L212-1 du Code de la sécurité intérieure permet la dissolution de groupes qui provoquent à la haine, à la discrimination ou à la violence, ou qui participent à des agissements troublant gravement l’ordre public.

Nous appelons le préfet des Alpes-Maritimes et le ministre de l’Intérieur à la plus grande vigilance et à prendre, le cas échéant, les mesures nécessaires.



Nice le 3 mai 2026

Jonathan Gensburger et David Nakache