samedi 13 juin 2026

Nice : tapis rouge à "la nouvelle internationale réactionnaire"


Nice : tapis rouge à "la nouvelle internationale réactionnaire"


A l'heure matinale où j'écris ces lignes, Narendra Modi, premier ministre suprémaciste indien, s'apprête à se faire servir son petit déjeuner dans une luxueuse suite de l'hôtel Negresco à Nice.

Cette visite interroge tant sur la politique étrangère de la France que sur celle de la Métropole Nice Côte d'Azur.

Les exactions commises en Inde :

En effet, la dégradation grave et continue des droits et des libertés fondamentales en Inde est documentée et attestée : pressions contre les opposants politiques, les écrivains et les journalistes, répressions contre les minorités religieuses, notamment musulmanes et notamment au Cachemire. A lire à ce sujet le communiqué de presse du rassemblement citoyen Viva du 29 mai 2026 : Nice ne doit pas devenir la vitrine d'un pouvoir qui opprime.

S’allier avec Narendra Modi revient à donner un blanc-seing au fondamentalisme et au suprémacisme hindou. 

Derrière cette visite, la promesse de partenariats économiques entre l'Inde et la France sur les nouvelles technologies et l'IA et, surtout, l'annonce d'une commande de 114 avions de chasse Rafale à Dassault aviation, pour 33 milliards d'euros.

Il faut être clair : l'argent et la recherche du profit ne doivent pas primer sur le respect des droits humains.

Emmanuel Macron avalise la nouvelle internationale réactionnaire :

Face à l’émergence de nombreux régimes autoritaires dans le monde, le sociologue Ugo Palheta a publié un essai sur la "nouvelle internationale fasciste". Emmanuel Macron, sans reprendre le terme de "fascisme", a dénoncé, en janvier 2025, l'émergence d'une nouvelle internationale "réactionnaire". Or il reçoit à Nice Narendra Modi et va recevoir très prochainement à Antibes Giorgia Meloni, ce qui revient à donner une accréditation morale à ces dirigeants et à leur idéologie. 

Emmanuel Macron, qui n'est plus à une contradiction près, avalise des dirigeants qui participent à la "nouvelle internationale réactionnaire" qu'il dénonçait il y a un an et demi à peine.

A Nice, quelle politique internationale ?

Nous pouvons craindre le pire quant à la politique internationale de la Métropole Nice Côte d'Azur sous l’égide d’Eric Ciotti :
  • Eric Ciotti a, jusqu’à l’invasion russe en Ukraine, défendu le renforcement d’une amitié franco-russe.
  • Il a remis en question la légitimité de la Cours pénale internationale dès qu'elle a lancé un mandat d’arrêt contre Benyamin Netanyahu.
  • Il est un fervent soutien de Donald Trump. Il a reçu à Nice Charles Kushner, le très trumpien ambassadeur des Etats-Unis et a indiqué vouloir l'inviter à nouveau le 4 juillet, date de l'indépendance des Etats-Unis.
  • Il reçoit ce dimanche le 1er ministre suprémaciste indien, Narendra Modi et fait flotter le drapeau indien sur le fronton de la Ville de Nice. Rappelons à ce sujet que le préfet des Alpes-Maritimes avait imposé à l'ancien maire de Nice, Christian Estrosi, le retrait des drapeaux israéliens du fronton de l'hôtel de Ville au nom du principe de neutralité des bâtiments publics.

Dans les années 1990, Jean Marie Le Pen, lançait le mot d'ordre : "Nationalistes de tous pays, unissez-vous". S'il n'existe pas d'organisation officielle internationale regroupant l'ensemble des dirigeants nationalistes suprémacistes, une entraide mutuelle existe de fait. L'extrême droite française participe régulièrement à des événements commun à l'invitation de mouvements néo fascistes européens ou américains.

Nice ne doit pas dérouler le tapis rouge aux représentants de régimes autoritaires. 

Nice ne doit pas devenir le lieu de légitimation des pires exactions et entraves aux Droits de l'Homme dans le monde.

vendredi 29 mai 2026

Nice, les deux visages de l'extrême droite


Nice, les deux visages de l'extrême droite


La progression de l'extrême droite dans les Alpes-Maritimes prend plusieurs visages, se développe et étend son emprise sous différentes formes et de différentes façons.

L'extrême droite institutionnelle de l'UDR et du RN présente des candidats aux élections. Après une phase de banalisation et de normalisation, elle accède progressivement au pouvoir. Aux dernières élections municipales elle a pris les villes de Cagnes-sur-Mer, Nice et Menton et, avec elles, la Métropole Nice Côte d'Azur et la Communauté d'Agglomérations de la Riviera Française. Cette extrême droite institutionalisée va transposer son discours radical et extrême en discours officiel et en politiques publiques locales.

L'extrême droite identitaire dite "radicale", elle, est composée de groupuscules nébuleux et violents. Elle occupe l'espace public, démultiplie les coups d'éclats et les démonstrations de force : devant le Monuments aux Morts, place Garibaldi en hommage à Quentin Deranque, devant la statue de Jeanne d'Arc, etc. Elle pose des croix dans l'arrière-pays, colle des stickers et des affiches reprenant l'iconographie fasciste et nazie. Les procédures judiciaires en cours diront si elle est liée aux agressions violentes commises dans le Vieux Nice et à Paris.

En réalité, il s'agit de deux visages d'une même idéologie, deux aspects d'un même mouvement politique. 

L'extrême droite institutionnelle et l'extrême droite radicale se renforcent mutuellement :

Lorsque des élus de l'extrême droite institutionnelle parlent à longueur d'antenne de "submersion" migratoire et assimilent insécurité et immigration, le chemin est tracé pour que l'extrême droite radicale propose la "remigration" comme solution à ces problèmes. 

Lorsqu'Eric Ciotti propose à l'assemblée nationale d'inscrire les racines chrétiennes de la France dans la constitution française, le chemin est tracé pour qu'un groupuscule comme "Ainsi soit-il" pose des croix dans l'arrière-pays.

Les propositions et actions de l'extrême droite radicale sont mieux acceptées qu'auparavant car l'extrême droite institutionnelle a préparé le terrain. Elle a posé des bases dans le débat public qui rendent les propos et les actions des groupuscules moins choquantes.

Inversement, plus l'extrême droite identitaire se radicalise encore davantage et devient violente et plus l'extrême droite institutionnelle se normalise et semble plus respectable.

La demande de dissolution du groupuscule "Aquila Popularis" par Eric Ciotti en est le parfait exemple : en se démarquant d'une extrême droite radicale avec qui il partage pourtant une parenté évidente, Eric Ciotti gagne en respectabilité et en responsabilité. 

Oui, il faut stopper les actions d'Aquila Popularis et nous avons posé, avec Jonathan Gensburger, la question de sa dissolution sans détour (Aquila Popularis : faut-il attendre le pire pour agir ?). 

Mais il ne faut pas être dupe de l'opposition factice entre Eric Ciotti et Aquila Popularis : plus l'extrême droite institutionnelle dénonce l'extrême droite radicale et plus elle se respectabilise.

Nous devons ainsi, toutes et tous, combattre l'extrême droite sans relâche, partout, et sous toutes ces formes.


Nice, le 29 mai 2026

David Nakache

mercredi 27 mai 2026

Nice : ne laissons pas la mémoire de la Résistance aux héritiers de Pétain !

 


Communiqué de l'association Tous citoyens 

Nice : ne laissons pas la mémoire de la Résistance aux héritiers de Pétain !


"Eric CIOTTI, Maire de Nice, Président de la Métropole Nice Cote d'Azur, et l'ensemble du Conseil municipal de la Ville de Nice vous prient de bien vouloir prendre part à la "Célébration de la 13ème journée nationale de la Résistance", Mercredi 27 mai à 18h30 dans les jardins de la Villa Thiole à Nice."

S'il est légal et réglementaire qu'un maire, même d'extrême droite, célèbre la journée nationale de la Résistance, cela n'est pas pour autant légitime. 

Eric Ciotti, allié au RN, a fait élire des membres du RN au conseil municipal. Ensemble, ils invitent à commémorer la Résistance.

Or qu'est-ce que le RN ? Un parti fondé en 1972 par Jean Marie Le Pen et par d'anciens SS et d'anciens collaborateurs : Pierre Bousquet, ancien Waffen-SS, Léon Gaultier, ancien Waffen-SS et ancien membre de la division Charlemagne ou François Brigneau, ancien milicien pétainiste.

Jean Marie Le Pen a été condamné à plusieurs reprises, pour antisémitisme (1986) ; provocation à la haine, la discrimination et la violence raciale (1987) ; incitation à la haine (contre les musulmans en 2005, contre les Roms en 2016) ; contestation de crime contre l'humanité pour avoir affirmé puis réaffirmé que les chambres à gaz étaient un "détail de l'Histoire" (1990, 1997 et 2017) ; injures publiques ("Durafour-crématoire" en 1991, propos homophobes en 2019). Etc.

En 2017 Marine Le Pen a refusé de reconnaître la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d'Hiv.

En 2023, Jordan Bardella a nié l'antisémitisme de Jean Marie Le Pen.

En 2025, lors du décès de Jean Marie Le Pen, Eric Ciotti lui a rendu hommage et s'est rendu à une messe en sa mémoire.

Cette célébration, à Nice, de la Résistance par l'extrême droite est profondément choquante : c'est une insulte faite à tous les résistants et à la Résistance elle-même.

Ne laissons pas la mémoire de la Résistance aux héritiers de Pétain !


Nice, le 27 mai 2026
Association Tous citoyens

dimanche 3 mai 2026

Aquila Popularis : faut-il attendre le pire pour agir ?

 

Aquila Popularis : faut-il attendre le pire pour agir ?

Par Jonathan Gensburger et David Nakache

 

La ville de Nice a vu émerger et se structurer un groupe se réclamant d’une idéologie identitaire radicale : le collectif Aquila Popularis.

Créé fin 2022, Aquila popularis se revendique du nationalisme-révolutionnaire et compte dans ses rangs d’anciens membres du groupuscule néonazi « Zoulous Nice », lui-même issu de « Nice nationaliste », qui regroupait les militants identitaires les plus violents.

Depuis plusieurs mois, à Nice, Aquila Popularis démultiplie les démonstrations de force dans des mises en scènes soigneusement orchestrées reprenant l’imagerie des ligues d’extrême droite des années 30 et des mouvements fascistes (devant la basilique Notre Dame, au Monument aux Morts ou place Garibaldi).

Le groupuscule célèbre Jeanne d’Arc, Robert Brasillach (figure de l’Action française condamnée pour collaboration et antisémitisme) ou Albert Spaggiari (ancien membre de l’OAS). Le groupuscule colle des stickers portant des slogans tels que « un toit pour les nôtres, pas pour les autres », véhiculant une rhétorique d’exclusion et de rejet.

Aquila popularis n’hésite pas à proférer des menaces à peines voilées sur les réseaux sociaux à l’encontre de responsables politiques locaux.

A la suite des agressions ayant eu lieu dans le Vieux Nice le 13 décembre 2025 (agression raciste) et le 23 mars 2026 (agression contre des militants de gauche) deux individus ont été placés en garde à vue. Lors des perquisitions menées à leurs domiciles, les enquêteurs ont trouvé des éléments accablants : poing américain, matraque télescopique, baïonnette, équipements de combat, mais aussi autocollants et vêtements Aquila Popularis, croix celtiques, objets et insignes nazis. L’enquête devra établir la responsabilité ou non des personnes placées en garde à vue et déterminer le degré d’implication éventuelle du groupe identitaire dans ces agressions physiques.

L’ensemble de ce faisceau d’indices pousse à penser que nous sommes face à un groupe structuré, radicalisé, convoquant les heures les plus sombres de notre histoire dans son iconographie, manifestement dangereux et pouvant passer à l’acte.

Dès lors, des questions se posent : les activités d’Aquila Popularis font-elles l’objet d’une surveillance renforcée par les services du renseignement ? Pourquoi le préfet autorise-t-il des manifestations incitant à la haine et à la violence ? Faut-il attendre un drame pour que l’État réagisse ?

Nous posons ici, sans détour, la question de la dissolution d’Aquila popularis : l’article L212-1 du Code de la sécurité intérieure permet la dissolution de groupes qui provoquent à la haine, à la discrimination ou à la violence, ou qui participent à des agissements troublant gravement l’ordre public.

Nous appelons le préfet des Alpes-Maritimes et le ministre de l’Intérieur à la plus grande vigilance et à prendre, le cas échéant, les mesures nécessaires.



Nice le 3 mai 2026

Jonathan Gensburger et David Nakache

mercredi 22 avril 2026

Non, Eric Ciotti, 3 603 fois non !


Non, Eric Ciotti, 3 603 fois non !


Comme souvent en montant au Château, je pose lentement la main, en silence, sur la pierre froide du mur des Déportés.

On me dit que c'est normal, puisqu'Eric Ciotti est maire, qu'il ait prononcé un discours pour Yom HaShoah, ce 14 avril 2026, sur la colline du Château, devant les 3 603 noms, gravés dans la pierre, des Niçoises et de Niçois juifs déportés dans les camps.

On me dit que c'est normal, que dimanche prochain, le 26 avril, Eric Ciotti prononce un discours lors de la cérémonie officielle de la "Journée du Souvenir des Victimes et Héros de la Déportation" qui, outre les déportés juifs, commémore également le souvenir des déportés homosexuels, tziganes, handicapés, opposants ou résistants.

Eric Ciotti a été élu démocratiquement maire et il fait et fera ces discours en tant que maire.

"C'est la démocratie David, il faut l'accepter". 

Oui bien sûr, il faut "accepter".

Pourquoi alors, au fond de moi, cette sourde colère ? 

Pourquoi alors, malgré les arguments exposés, m'est-il impossible "d'accepter" ?

Par quel retournement de l'Histoire en sommes-nous arrivés à ne pas être choqués de voir l'extrême droite commémorer la déportation ?

Par quelle amnésie collective sommes nous amenés à trouver "normal" qu'un Eric Ciotti, allié au RN, faisant élire des conseillers municipaux et métropolitains RN, puisse commémorer la Shoah et la déportation ?

Par quelle force d'inertie collective en sommes nous réduits à perdre notre capacité d'indignation ? 

Le Rassemblement National, alors dénommé Front National, a été cofondé en 1972 par Jean Marie Le Pen et par des anciens SS et des anciens collaborateurs : Pierre Bousquet, ancien Waffen-SS, Léon Gaultier, ancien Waffen-SS et ancien membre de la division Charlemagne ou François Brigneau, ancien milicien pétainiste.

Jean Marie Le Pen a été condamné à plusieurs reprises, pour :
- Antisémitisme insidieux (1986), 
- Provocation à la haine, la discrimination et la violence raciale (1987), incitation à la haine (contre les musulmans en 2005, contre les Roms en 2016)
- Contestation de crime contre l'humanité pour avoir affirmé puis réaffirmé que les chambres à gaz étaient un "détail de l'Histoire" (1990, 1997 et 2017)
- Injures publiques ("Durafour-crématoire" en 1991, propos homophobes en 2019).
- Etc.

En 2017 Marine Le Pen a refusé de reconnaître la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d'Hiv.

En 2023, Jordan Bardella a nié l'antisémitisme de Jean Marie Le Pen.

En 2025, lors du décès de Jean Marie Le Pen, Eric Ciotti lui a rendu hommage et est allé à une messe en sa mémoire.

Que dire de plus ? Que faut-il écrire de plus ?

Comme souvent en montant au Château, je pose lentement la main, en silence, sur la pierre froide du mur des Déportés.

En leur mémoire je ne peux me résoudre à trouver cela "normal" et je ne peux me résoudre à "accepter".

Non Eric Ciotti, 3 603 fois non.


Nice, le 22 avril 2026
David Nakache