Répondre à la jeunesse
La
répression du mouvement lycéen et étudiant
Entre le 17 septembre 2026, début du
mouvement lycéen, et le 17 octobre 2026, où les violences urbaines se sont
généralisées, le président de la République et le gouvernement n’ont pas
répondu, durant un mois, aux attentes de la jeunesse de France.
La seule réponse apportée a été une
répression policière indifférenciée, disproportionnées et irresponsable :
·
Indifférenciée
Cette répression a traité les
lycéens de la même manière que les casseurs, les mineurs comme les majeurs.
Cette indifférenciation génère un sentiment légitime d’injustice chez les
jeunes mobilisés.
·
Disproportionnée
La méthode de maintien de l’ordre
choisie (assauts face aux blocus des établissements, nasse) et les armes
utilisées (LBD, grenades assourdissantes, lacrymogènes) sont totalement disproportionnées.
Le recours à ces armes a engendré de nombreuses blessures et de graves
mutilations de mineurs. 36 enquêtes ont été ouvertes par l’IGPN depuis le début
du mouvement.
·
Irresponsable
Cette répression aveugle marque au
fer rouge toute une génération. La peur d’être blessés, arrêtés ou humiliés,
les traumatismes liés aux nasses, violences, interpellations et garde-à-vues
sont réels et vont laisser des traces dans les comportements. La répression brise
tout lien de confiance possible entre les jeunes mobilisés et les forces de
l’ordre et, de façon plus large, l’autorité de l’Etat.
Emmanuel Macron et son gouvernement avaient
toute latitude, durant un mois, pour écouter les lycéens et leur apporter
une réponse à la hauteur de leurs revendications. Au lieu de cela le choix
a été fait de jouer la montre en attendant les vacances scolaires et en
espérant un essoufflement du mouvement.
Après les violences urbaines du 17 octobre : diversions,
amalgames, instrumentalisations et couvre-feux
Depuis le 17 octobre, le débat politique fait très clairement fausse route. Diversions, amalgames et instrumentalisation nous détournent des véritables difficultés auxquelles nous sommes confrontés et nous amènent à de fausses solutions :
·
Diversions :
Le maitre mot du gouvernement semble être de faire diversion le plus vite possible
pour ne pas rendre des comptes sur le fiasco sécuritaire du 17 octobre.
Face aux violences urbaines, pillages et dégradations du 17 octobre, le dispositif de maintien de l’ordre peut légitimement être questionné. Le constat est simple : tout policier occupé à nasser et gazer des manifestants inoffensifs n’était pas disponible pour empêcher les casseurs de nuire. Des commerçants ont été laissés seuls face aux casseurs durant de très longues heures. L’impréparation du dispositif de sécurité, l’absence de renseignements fiables, la lenteur d’intervention interrogent.
Tout est fait pour que ce débat, pourtant essentiel, laisse
la place le plus rapidement possible à la logorrhée punitive : interdire
la France Insoumise, instaurer l’état d’urgence et déployer l’armée, supprimer
les allocations familiales et les logements sociaux des familles de casseurs,
etc.
·
Amalgames :
Un amalgame est
fait entre manifestants pacifistes et casseurs. Cet amalgame sert aux tenants
du tout sécuritaire à tenter de restreindre encore davantage le droit de
manifester.
Cet amalgame pour but de légitimer
de nouvelles atteintes aux libertés individuelles et collectives comme pousser
à autoriser le recours à la reconnaissance faciale lors de manifestations.
· Instrumentalisation :
Des accusations sont portées
contre l’extrême gauche, les antifas ou la France Insoumise, sans qu’aucun élément
probant ne soit mis en avant.
Ces accusations n’émanent pas
seulement de partis politiques de droite ou d’extrême droite mais du
gouvernement et du chef de l’Etat eux-mêmes. Il s’agit ici d’une instrumentalisation
politicienne des événements pour disqualifier la gauche en vue de l’élection
présidentielle. Cette instrumentalisation ne servira, au final, que de
marchepied à l’extrême droite pour accéder au pouvoir en 2027.
Éric Ciotti, maire de Nice en roue
libre, affirme ainsi, en un condensé aussi sidérant que consternant :
« Nous sommes face à un fascisme rouge, à une intifada française, à une
forme d’insurrection où se rejoignent les islamistes, les antifas, les
casseurs, les pilleurs téléguidés par l’ultra gauche à visée terroriste. »
· Les
couvre feux
Au lieu de répondre sur le fond,
la réaction du gouvernement se limite à nouveau à des dispositifs sécuritaires
et liberticides dont l’instauration de couvre-feux partiels et localisés. Or
ces couvre-feux visent à nouveau la même cible : les jeunes.
Toutes les études sociologiques
démontrent que la génération actuellement mobilisée a été marquée par le covid.
Les confinements ont constitué un traumatisme désormais établi sur cette
jeunesse. Et que leur impose-t-on désormais ? Un couvre-feu !
Cette mesure, de plus, fait fi de
la réalité : les personnes interpellées le 17 octobre ont des parcours
divers mais sont majoritairement majeures, parfois connues des services de
police et en récidive, présentant des profiles bien différents de ceux des
mineurs interpellés lors des mobilisations lycéennes.
Comprendre et anticiper les violences urbaines
L’ensemble de ces diversions, amalgames,
instrumentalisations et fausses solutions nous détournent de deux véritables
enjeux, dont l’analyse et la compréhension du phénomène de violences urbaines.
Les violences urbaines se greffent
désormais sur les manifestations et les mouvements sociaux comme sur les matchs
de football. Elles ne sont donc pas intrinsèquement liées aux
manifestations. Mais, visiblement, l’analyse de ce phénomène ne semble à
l’ordre du jour ni du point de vue du gouvernement ni de celui des médias.
Analyser et comprendre les
violences urbaines comme un phénomène social et politique ne veut pas dire nier
les responsabilités individuelles ni les conséquences des violences sur les
habitants. Cette analyse est indispensable pour passer des réponses
sécuritaires immédiates à des actions de prévention et des réponses durables.
Les violences urbaines ne peuvent
être réduites à de simples actes de délinquance. Elles s'inscrivent dans un
contexte d'inégalités sociales, de ségrégations territoriales, de
discriminations et de défiance envers les institutions, à commencer par la
police.
La prévention des situations où les
violences urbaines explosent passe par des politiques globales s’inscrivant
dans la durée, dans les domaines de l'éducation, de l'insertion, de la lutte
contre les discriminations, du logement et du cadre de vie, dans le déploiement
des services publics, la lutte contre les exclusions sociales et contre la
récidive.
Répondre à la jeunesse
Indépendamment de la question spécifique du phénomène de violences urbaines et des réponses à apporter en terme de pouvoir d'achat et d'augmentation des salaires, il est indispensable de répondre à la jeunesse.
Emmanuel Macron n’a jamais su, durant
l’ensemble de ses deux mandats, écouter la jeunesse et répondre à ses attentes.
Il a accumulé les échecs de différents dispositifs lancés : le Service
National Universel, le Contrat d’Engagement Jeune, Parcoursup… Mais, surtout,
il a fait preuve d’une inaptitude profonde à prendre la mesure du dérèglement
climatique et de la crise sociale.
Il est impératif de sortir des
logiques purement répressives et des politiques de contrôle qui ne
considèrent les jeunes que comme un problème alors qu’il faut les écouter et
leur donner des réponses sur leur avenir.
Il est impératif de répondre aux
revendications légitimes de la jeunesse :
A court terme :
·
Engager de réelles négociations en acceptant en
préalable de :
o Supprimer Parcoursup, repenser le système
d’orientation et réaffirmer la non sélection à l’entrée des universités
o
Revoir et repenser les emplois du temps et le
remplacement des professeurs absents
· Organiser des états généraux des conditions
matérielles d’études dans les lycées et les facultés en réunissant les
présidents de régions et d’université mais aussi des représentants lycéens et
étudiants, avec pour objectif d’obtenir :
o
Un état des lieux précis et un diagnostic
partagé
o
Un plan de rénovation chiffré et budgétisé
A long terme :
Au-delà de ces mesures ponctuelles,
il faut surtout apporter du sens : mener une politique où l’avenir
semble moins sombre, un projet de société où les jeunes peuvent se projeter et
s’intégrer.
Il ne s’agit pas ici uniquement de
permettre aux jeunes de s’intégrer économiquement dans la société pour
sécuriser les conditions matérielles d’une vie décente. Il s’agit de leur
permettre d’être réellement écoutés et pris en considération, de participer à
un projet de société par une citoyenneté active.
Il est primordial de porter un projet
politique commun d’émancipation individuelle et collective permettant à la
jeunesse de se projeter positivement vers l’avenir.



