Nice : émotions de campagne et dilemme de second tour
Emotions
Une campagne électorale est une aventure humaine très
particulière, une implication très dense, de grandes émotions, des joies
intenses, de la tristesse aussi, lorsque l'issue n'est pas favorable.
Membre de la liste Nice Front Populaire, je remercie
sincèrement les 10 767 électrices et électeurs qui nous ont apporté leur
confiance et leurs voix (8,95% des votes exprimés)
Je tiens également à remercier très chaleureusement les
militantes et militants qui se sont dévoués corps et âme durant cette campagne.
S'engager jusqu'à l'épuisement dans une action collective n'est pas anodin.
Cela vous marque. Cela renforce en vous cette certitude que c'est par l'action
collective que l'on s'émancipe pleinement. J'ai découvert de très belles
personnes. J'ai renforcé des liens précieux. J'ai pris un plaisir intense à
participer à l'élaboration et à la rédaction de notre programme. Être là lors
de moments de cristallisation d'une intelligence collective est un privilège
rare.
Je remercie aussi toutes les personnes croisées lors de
cette campagne, avec qui nous avons échangé sur le palier de leur porte, dans
la rue, lors de nos événements publics : de fermes désaccords, des lignes qui
bougent grâce aux discussions, des indignations communes, des échanges qui ne
s'arrêtent plus, des témoignages touchants, des sourires, des complicités fugaces,
des encouragements et même des accolades.
Je remercie enfin les professionnels de l'information que
sont les journalistes, les photographes, les techniciens de plateaux et les
membres de rédactions. On critique beaucoup les médias mais, hormis lors des
deux débats télévisés où les temps de parole n'ont pas été respectés, notre
liste a été globalement bien traitée durant cette campagne et nos arguments
bien relayés. On est toujours un peu stressé lors d'interviews ou de débats et
j'ai toujours eu affaire à des personnes compétentes et compréhensives.
Je repense pêle-mêle à tous ces visages, à tous ces moments,
à l'instant précis qui précède ma prise de parole lors de notre meeting de
campagne, à tous ces encouragements et ce si bel espoir partagé qui ne se
concrétisera finalement pas.
Malheureusement nous n'avons pas su convaincre suffisamment
et nous n'avons pas su faire venir aux urnes les 106 361 inscrits mais abstentionnistes lors de ce 1er
tour. La liste "Unis pour Nice", regroupant le PS, le PC et les Écologistes, aurait pu accepter une fusion avec notre liste
puisque nous avons dépassé les 5%,
unissant ainsi réellement la gauche et l'écologie à Nice. Elle l'a refusé lors d'une mise en scène peu
glorieuse, nous empêchant à nouveau
de faire front commun face à la droite extrême de Christian Estrosi et à l'extrême droite d’Éric Ciotti.
Dilemme
Beaucoup me demandent avec insistance : que faire ?
Donner des consignes de votes, ce serait nier la liberté
fondamentale de chacune et de chacun dans l'exercice de sa citoyenneté.
Pour beaucoup d'électrices et d'électeurs il n'y a plus,
désormais, de bonne solution.
Je comprends et je respecte celles et ceux qui n'iront pas
voter et s'abstiendront, car ils estiment ne pas être représentés.
Je comprends et je respecte celles et ceux qui voteront
blanc, pour signifier qu'ils participent au scrutin mais qu'aucune option ne
leur convient.
Je comprends et je respecte celles et ceux qui voteront
Christian Estrosi pour barrer la route à Éric Ciotti, pour éviter le
pire.
Je comprends et je respecte celles et ceux qui voteront
Juliette Chesnel-Le Roux, qui porte malgré tout une liste de gauche.
Que dire de plus ?
Il y a, entre Christian Estrosi et Éric Ciotti, une
différence de degrés et non une différence de nature. Les deux frères-ennemis
sont toujours des frères, dans leur idéologie commune faite de xénophobie, de
tout sécuritaire et d'ultra libéralisme.
Éric Ciotti, Jean Pierre Rivère ou Pierre Ippolito sont l'aboutissement du long processus de banalisation de l'extrême droite. Éric Ciotti, est un idéologue, qui, dans un livre très maurrassien, glorifiait l'ordre, l'autorité et l'uniforme. Soutien inconditionnel de Donald Trump, il site ce dernier comme modèle. Il a véhiculé dans sa carrière politique tous les totems de l'extrême droite : invasion et grand remplacement, préférence nationale, opposition au mariage homosexuel, assimilation systématique de l'insécurité à l'immigration, remise en question du droit d'asile, de la protection de l'enfance, de l'Aide Médicale d'Etat, etc. Au Département, il a alimenté la suspicion de fraude pesant sur les bénéficiaires du RSA, et organisé le non-accueil des Mineurs Non Accompagnés. Sa bascule "officielle" à l'extrême droite et son alliance avec le RN ouvrent la porte à de nombreuses bascules similaires en France. Sa mainmise sur Nice libérerait la parole raciste et les actes violents de groupuscules d'ultra droite.
Christian Estrosi est l'homme des inégalités sociales à Nice, de la misère derrière la carte postale. Il est l'homme du greenwashing, de la bétonisation de la plaine du Var et de l'extension de l'aéroport. Il a organisé les évacuations de camps de migrants, traqué les SDF, tenu des propos ouvertement xénophobes et islamophobes, sacrifié les conditions de logements des habitant-es au profit du surtourisme, etc. Soutien inconditionnel de Benyamin Netanyahu, il a posé et maintenu des drapeaux israéliens au fronton de la mairie de Nice pendant deux ans. Je porte en moi deux procès : les deux procédures baillons que Christian Estrosi a engagées à mon encontre pour me faire taire lorsque j'ai déclaré qu'il "fallait en finir avec la corruption à Nice" et que Nice avait "un maire xénophobe". Il aura fallu deux années de procédures, le maire de Nice allant jusqu'en cassation, pour qu'au final je gagne ces deux procès.
A titre personnel je voterai pour Juliette Chesnel-Le
Roux, même si elle et ses colistiers se sont conduits de façon irresponsable
vis-à-vis de notre liste et vis-à-vis des Niçoises et des Niçois. Le Parti
Socialiste, le Parti Communiste et les Écologistes, même s'ils sont mal
représentés ici, demeurent des partis de gauche. Et mieux vaut une opposition
fade et timorée que pas d'opposition du tout.
Il revient désormais à chacune et chacun d'agir en
conscience au second tour de ces élections municipales.
Il nous revient surtout de ne pas baisser les bras et de repartir au combat, ensemble, face à l'extrême droite comme face à la droite extrême, pour faire enfin de Nice une ville apaisée et respirable, une ville accueillante,
juste et solidaire.
Nice, le 18 mars 2026
David Nakache