Nice, les deux visages de l'extrême droite
La progression de l'extrême droite dans les Alpes-Maritimes prend plusieurs visages, se développe et étend son emprise sous différentes formes et de différentes façons.
L'extrême droite institutionnelle de l'UDR et du RN présente des candidats aux élections. Après une phase de banalisation et de normalisation, elle accède progressivement au pouvoir. Aux dernières élections municipales elle a pris les villes de Cagnes-sur-Mer, Nice et Menton et, avec elles, la Métropole Nice Côte d'Azur et la Communauté d'Agglomérations de la Riviera Française. Cette extrême droite institutionalisée va transposer son discours radical et extrême en discours officiel et en politiques publiques locales.
L'extrême droite identitaire, elle, est composée de groupuscules nébuleux et violents. Elle occupe l'espace public, démultiplie les coups d'éclats et les démonstrations de force : devant le Monuments aux Morts, place Garibaldi en hommage à Quentin Deranque, devant la statue de Jeanne d'Arc, etc. Elle pose des croix dans l'arrière-pays, colle des stickers et des affiches reprenant l'iconographie fasciste et nazie. Les procédures judiciaires en cours diront si elle est liée aux agressions violentes commises dans le Vieux Nice et à Paris.
En réalité, il s'agit de deux visages d'une même idéologie, deux aspects d'un même mouvement politique.
L'extrême droite institutionnelle et l'extrême droite identitaire se renforcent mutuellement :
Les propositions et actions de l'extrême droite identitaire sont mieux acceptées qu'auparavant car l'extrême droite institutionnelle a préparé le terrain. Elle a posé des bases dans le débat public qui rendent les propos et les actions de l'extrême droite identitaire moins choquantes.
Inversement, plus l'extrême droite identitaire se radicalise et devient violente et plus l'extrême droite institutionnelle se normalise et semble plus respectable.
La demande de dissolution du groupuscule "Aquila Popularis" par Eric Ciotti en est le parfait exemple : en se démarquant d'une extrême droite identitaire avec qui il partage pourtant une parenté évidente, Eric Ciotti gagne en respectabilité et en responsabilité.
Oui, il faut stopper les actions d'Aquila Popularis et nous avons posé, avec Jonathan Gensburger, la question de sa dissolution sans détour (Aquila Popularis : faut-il attendre le pire pour agir ?).
Mais il ne faut pas être dupe de l'opposition factice entre Eric Ciotti et Aquila Popularis : plus l'extrême droite institutionnelle dénonce l'extrême droite identitaire et plus elle se respectabilise.
Nous devons ainsi, toutes et tous, combattre l'extrême droite sans relâche, partout, et sous toutes ces formes.
Nice, le 29 mai 2026
David Nakache



