Vêtements religieux dans l'espace public : la réponse d'Aristide Briand
Marine Le Pen annonce vouloir interdire
le port du voile dans l’espace public. Celles et ceux qui sont opposés à cette
mesure lui répondent. Mais, en réalité, nous rejouons un débat qui a déjà eu lieu.
Le 26 juin 1905, lors des débats parlementaires préalables au vote de la loi de
séparation des Eglises et de l’Etat, le député Charles Chabert défend un amendement
pour interdire le port de la soutane dans la rue. Aristide Briand lui répond et
l’emporte, soutenu par Jean Jaurès.
Selon Chabert, le port de la
soutane constituait un acte politique, un acte de prosélytisme permanent,
contraire à la dignité humaine. La soutane représentait une « prison »
et une aliénation pour celui qui la portait : « Il faut ôter la robe
au prêtre pour libérer son cerveau ». Ce sont les mêmes arguments que
l'on retrouve aujourd'hui contre le voile.
Aristide Briand lui répond qu’une
loi qui vise à instaurer un régime de liberté du point de vue confessionnel ne peut
imposer la coupe d’un vêtement. Mais il ajoute un risque de détournement de la
mesure :
« Mais la soutane une fois supprimée, M. Chabert peut être sûr que, si l’Eglise devait y trouver son intérêt, l’ingéniosité combinée des prêtres et des tailleurs aurait tôt fait de créer un vêtement nouveau, qui ne serait plus la soutane, mais se différencierait encore assez du veston et de la redingote pour permettre au passant de distinguer au premier coup d’œil un prêtre de tout autre citoyen. »
Ce qui doit primer, selon Briand,
c’est le principe de liberté, et la laïcité anti-religieuse a été mise en
minorité en 1905.
La République garantit l'égalité
des citoyens devant la loi sans distinction d'origine, de race ou de religion
et respecte toutes les croyances (article 1er de la Constitution).
La laïcité rend possible la
liberté de conscience, de croire ou de ne pas croire en Dieu. A ceux qui
croient, elle garantit le libre exercice du culte.
Si les signes ostensibles sont
interdits dans les établissements scolaires et si la Burqa, qui dissimule le
visage et empêche l'identification, est interdite partout, le port de signes
ostensibles dans l'espace public est autorisé par la loi. Se vêtir comme bon
nous semble relève d'une liberté individuelle à laquelle il ne faut pas
renoncer.
Le RN, lorsqu’il parle de l’islamisation
de notre société, confond volontairement islam, fondamentalisme et menace terroriste.
Refuser la police du vêtement et
laisser les femmes se vêtir librement, c’est précisément combattre le
fondamentalisme. Car ce sont les fondamentalistes qui cherchent à contrôler les vêtements
et le corps des femmes.
Respecter les libertés
individuelles ne veut pas dire être laxiste face au terrorisme. Cela veut dire
préserver et défendre le modèle démocratique que le djihadisme combat,
préserver et défendre les libertés que le djihadisme veut abolir, refuser de
céder à la haine et au rejet de l’autre.
Il faut relire Briand et Jaurès.
Si la laïcité ne réglemente pas les tenues vestimentaires ce n’est pas un oubli
ou un manque, c’est un choix délibéré : il faut rendre possible et préserver
les libertés individuelles au sein de l’espace public.